Parlons un peu logement

Voilà un problème de taille auquel s'attèle le psychologue démuni. Oui car ce n'est pas le tout de trouver éventuellement un boulot loin de chez soi, encore faut-il pouvoir se (re)loger convenablement, à moindre frais. La tâche s'avère ardue, voyez plutôt...

Tout d'abord, il est bon se savoir qu'il existe un petit outil sur ce site d'agents immobiliers, "meilleurs agents", proposant notamment une carte de France des prix au m2, par villes. Point besoin de modestie lorsque l'on annonce des mauvaises nouvelles.


La France n'a pas la même côte de popularité partout, c'est un fait. Notons la présence en vert, de ce qui nous a communément été spécifié en géographie, cours de 5ème, comme représentant la "diagonale du vide". Et puis, en rouge vif, voire grenat, ce qui dépasse les 4114€ du m2. Au-delà, on pourrait dire que c'est tous les jours "jeudi noir". Bien sûr, la difficulté de l'exercice réside dans ce type de lieux où demeure l'honteuse flambée des prix, mue par la dérégulation fantastique de ce que d'aucuns nomment "le marché du logement", synonyme de nausée.

Extrait.

Une bonne femme au téléphone, la voix rauque et tabagique, s'évertue de proposer un "logement" au psychologue démuni.
La voix rauque : "Alors, c'est une chambre avec douche que je loue dans mon appartement.
Le psychologue démuni : - Existe-t-il une installation pour manger?
La voix rauque : - vous pouvez toujours brancher une bouilloire.
Le psychologue démuni : ...
La voix rauque : - Oui et ça fait 400€... Vous pensiez moins? C'est pour vous dépanner."

Et puis, quelqu'un peut me faire un contrat, parait-il. J'ai hâte de ne pas y être.

Il y aurait bien la colocation mais là encore, ce n'est pas si simple. Imaginons-nous écrire dans notre petite annonce : "JH sérieux recherche colocation, chambre, abris, ou niche pour dormir quelquefois par semaine, manger et bien me sentir dans mon habitat psychique. Ah oui, je suis psychologue."


Et une colocation de psychologues? Mieux encore, de psychologues démunis, à la recherche de travail! L'idée m'est venue le jour où j'ai rencontré mes semblables en situation d'attente pour un entretien d'embauche. Le retard aidant, nous fûmes trois à nous reconnaître, avant broyage à la chaine. Crise identitaire, crise du logement, crise de foi(e), crise tout court, des sujets que nous sommes en mesure d'aborder longuement. 

Psychologue démuni 1 : "Depuis ce temps, tu n'es pas découragé, toi?
Psychologue démuni 2 : - Non, je profite du temps qui file, qui casse en cascades comme autant de vagues sur la roche un soir de tempête."

Le psychologue démuni est poète, à ses heures perdues. Il y a de quoi. Attendre, toujours attendre. Des entretiens, des rencontres, des réponses, une certaine utilité sociale. Encore que le mot paraît mal choisi. "[...] La possession et le profit sont mortels, alors que la recherche déliée de toute obligation utilitariste peut rentre l'humanité plus libre, plus tolérante et plus humaine." rappelle Nuccio Ordine dans son manifeste, "De l'utilité de l'inutile".

Toujours est-il que cette déclinaison d'un "effet salle d'attente"(M. Sassolas, 1997) - effet qui, rappelons-le, détermina l'ouverture des premières communautés thérapeutiques villeurbannaises -, permit à chacun de nous trois une meilleure appréhension de ce qui allait suivre, un atelier de débitage à viande, justifié par la logique de la sélection du meilleur d'entre nous, ou seulement du meilleur parcours, du meilleur client, ou que sais-je encore. 

« [...] j’ai été intrigué par l’aspect très différent de certains patients selon qu’ils étaient ensemble dans la salle d’attente ou seuls dans le bureau avec moi. Comme certains d’entre eux s’étaient connus à l’hôpital et que l’heure tardive et le rythme régulier et rapproché de ces consultations avaient créé une certaine familiarité entre ces personnes, il régnait dans la salle d’attente un climat assez vivant, contrastant avec l’aspect plus figé et « déficitaire » de chacun d’entre eux lors de leur rencontre individuelle avec moi. » 

Si bien que nous sommes tous une communauté vivante au fond de nous-mêmes, thérapeutique s'il en existe.

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