Vers la création d'un ordre des psychologues?

La création d'un ordre des psychologues, c'est un peu comme un bon poste en institution, beaucoup en parlent mais dans les faits, ça reste un mythe.

Et puis voilà qu'on en reparle, notamment via cet article écrit par un Français depuis son expérience au Québec, où un ordre des psychologues existe bel et bien : http://loutardeliberee.com/le-club-jean-jaures-de-montreal-propose-de-creer-un-ordre-des-psychologues-en-france-sur-le-modele-quebecois/

L'idée est intéressante mais quand on pense que même l'actualisation du code de déontologie de 2012 ne fait pas l'unanimité, alors qu'il n'a qu'une valeur consultative. Pour comprendre certains enjeux, il faut lire ici la justification du syndicat national des psychologues.
On peut y lire notamment cette phrase : "Actuellement, seul l’usage professionnel du titre est protégé par l’article 44 de la loi de 1985. Il importe donc que le législateur prenne ses responsabilités tant vis-à-vis du public que des professionnels et complète cette réglementation de la profession par la création d’un « Collège professionnel national des psychologues ». "

Alors effectivement, le serpent se mord un peu la queue.



D'aucuns diront que les ordres professionnels sont avec la fête des mères (et du travail...), l'héritage quelque peu embarrassant du régime de Vichy. L'ordre des médecins est alors aussi créé pour appliquer des mesures d'interdiction d'exercice aux juifs et aux étrangers... Ceci étant, il s'avère tout de même un utile remède pour lutter contre le "charlatanisme", bien qu'il ait toujours cours aujourd'hui en France, peut-être sous des formes détournées. Sachant que la plus récente affaire médiatisée "d'exercice illégal de la médecine" ne concerne pas des apprentis sorciers ou des médecins gourous mais des esthéticiennes pour avoir épiler leurs patient(e)s selon la technique de lumière intense pulsée.

... Mais revenons à la création de ce fameux ordre des psychologues en France vanté par l'article. Les propositions qui découlent du projet seraient : 
"Favoriser la formation en continu et protéger les patients". Ainsi, le "marché" du travail s'améliorerait pour les professionnels et les patients pourraient choisir parmi les bonnes graines préalablement séparées de l'ivraie... 
Une formule que résume l'ordre des médecins par "Être au service des médecins dans l'intérêt du patient".
Ensuite, il est question de "manque de moyens et de reconnaissances". Jusque là, nous sommes d'accord, d'autant plus si par "manque de moyens" est sous-entendu "paie de misère", en particulier dans la fonction publique hospitalière (1460€ net mensuel pour un temps plein). Des boulots qui ne toute façon n'existent plus.
Après quoi, on nous mentionne l'absence de "consensus officiel" du "manque d'unité"... C'est assez juste mais qu'est-ce qu'une bonne pratique en psychologie? Qu'est-ce qu'on met à l'intérieur, au juste? Et puis, faut-il vraiment la standardiser? Pour ma part, je ne le crois pas. Il ne faut pas non plus oublier que le psychologue reste à l'écoute de la théorie du soin du patient et qu'il s'accorde avec lui pour la mise en oeuvre du travail psychothérapique. Il nous faut également reconnaître que nous ne sommes pas nécessairement les meilleurs professionnels pour tous les patients et qu'il pourrait être pertinent de reconnaître et de partager notre limite dans bien des cas. Seulement, le psychologue peut pêcher par orgueil. De même, nous sommes tour à tour tentés de mépriser beaucoup d'autres acteurs du soin psychique, et d'autant plus ceux qui ne correspondent pas à l'idée ou au modèle que nous nous faisons de ce soin. Et pourtant, beaucoup de patients auront tendance à multiplier les approches, même très "borderlines", voire à les coupler avec la nôtre. Il en va aussi de leur liberté et compte tenu du grand fouillis qui règne en la matière, je serai fortement tenté de les comprendre.


Et puis toujours sur "l'unité"(!), chacun pourra aller gentiment rire jaune de cet article paru dans rue89 en 2008, ainsi que ses commentaires ! : http://rue89.nouvelobs.com/2008/06/20/les-etudiants-en-psycho-au-coeur-dune-guerre-de-clochers

Il faut dire que l'unité des psychologues s'apprécie aussi lorsqu'il s'agit de se mobiliser, comme pendant les manifestations, ou pour défendre le titre de psychothérapeute... Et bien peu se sont déplacés, en comparaison des autres professions dans des crises comparables.

"Encadrer la profession" fait figure d'autre grande thématique. J'ajouterai la soutenir, la défendre et la faire vivre, tout simplement. Exister, en définitive car nous pâtissons d'une invisibilité quand paradoxalement, nous sommes des milliers, sans représentation efficiente aux plus hautes instances. La création d'un ordre ajoute de l'eau au moulin mais ne changera pas massivement le cours des choses sans une dynamique massive de chacun d'entre nous.

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