Qu'est-ce qu'on fou(t) là?

C'est trop tard pour les voeux, on verra ça l'année prochaine. Cela dit, comme demain, c'est hier, vous pouvez aussi vous référer à ceux-là. 

A l'issue de l'université, chacun pourra se dire qu'il est bon d'enrichir sa pratique par des sacro-saints colloques ou des lectures. Les colloques, s'ils vous sont financés ou accessibles, peuvent être l'occasion d'écouter vos pairs ou vos grands-pères, selon si Pr. précède leur déclinaison d'identité. Les colloques, c'est amusant, un peu comme un film américain populaire, il y a presque toujours une fin joyeuse et la justification de sa pratique. Je plaide ici pour des colloques de psychothérapies ratées, de groupes affreux, avec des psychologues épuisés, pris de tristesse, de colère et de haine... et surtout d'ennui face à des sujets qui ne bougent pas. C'est d'une véritable contemplation de l'échec qu'il nous faut, plus que d'une fête à la guimauve!... 

Et puis je suis tombé sur ce bouquin, "A quelle heure passe le train?" sous-entendu, pour les paquets en "souffrance", ceux qui restent assis sur le quai toute la journée.

"Qu'est-ce que je fous là?" se demande Oury. C'est là tout l'objet de cette heureuse conversation.


Un dialogue ou ça cause de toute sorte de choses, c'est très imagé. Ils parlent de l'expérience de la Borde, un peu comme un âge d'or mais s'en défendent aussitôt. De toute façon, la nostalgie (nostos, retour, Algos, douleur, en Grec), ça renvoie toujours au lieu primordial, au rêve illusoire d'un passé meilleur. Nous, c'est à la fois d'ici et maintenant, selon la formule et d'a-venir qu'il s'agit. La superposition sera à jamais impossible.

On revisite donc dans ce livre toute une histoire de la psychiatrie "moderne", ses balbutiements, ses rencontres, son côté Rock'n'roll. Comme lorsqu'il est écrit que les premières infirmières issues de la psychiatrie de guerre furent notamment des bonnes soeurs ou encore des prostituées de bordels militaires. Tout un programme quand on sait ce qu'est devenu la profession d'infirmier en psychiatrie... C'est-à-dire, rien. Elle n'est plus. Ci-gît l'infirmier psy. 

L'ensemble reprend de nombreuses anecdotes, "vignettes cliniques", comme on dit, la création des "clubs", et in fine, d'un authentique lieu de vie. "Le comportement d'une société avec ses fous est un des meilleurs témoignages de son degré de civilisation" disait Lucien Bonnafé.  Tosquelles pensait quant à lui l'institution comme d'un ensemble de liens, d'un lieu où l'on crée du tissu. On fabrique du tissage, des "greffes de symbolique" écrivait Pankow. La psychiatrie, c'est de l'étonnement et de la répétition. Un monde sans surprise, c'est un monde paranoïaque.

Un livre comme celui-ci, ça vaut un bon antidépresseur. 

"L'établissement, c'est un bâtiment et un contrat passé avec l'état [...] On met dedans un tas de gens. Si on l'abandonne à lui-même, il suivra sa logique d'établissement. Il produira une hiérarchie de plus en plus sédimentée, de plus en plus dure, et il cloisonnera en quartiers pour éviter le désordre [...] L'institution, quand ça existe, c'est un travail, une stratégie pour éviter que le tas de gens fermente, comme un pot de confiture dont le couvercle a été mal fermé." (J. Oury, p297).

En voilà une juste définition de la chose. Et c'est pour ça que nous (en) sommes-là, psychologues démunis. Reste à remuer le pot avec la juste spatule, utiliser nos meilleurs fonds de sauce et laisser place à la plus grande créativité.

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