Esquisse d'une candidature

Fraichement diplômé, ça y est... Depuis même quelques mois. Les vacances vont bon train puis le désir de reprendre une activité frappe à la porte, et de plus en plus fort. 
Ainsi, débute ce qui s'appelle chez nous la désillusion... Cette fameuse phase décrite par Winnicott qui consiste pour l'enfant en une prise de conscience de sa grande dépendance avec sa mère. Evidemment, je vous la fais courte. Les tonnes de bouquin qui reprennent cette idée m'auront occupé quelques années assis sur un banc inconfortable.

Bref, la transposition de ce que vit l'enfant chez le post-étudiant encore chétif, le lait freudien lui gouttant encore des oreilles, signifie que l'entrée dans la vie d'Homme coïncide avec la perte de l'idéal universitaire, son cocon, sa mère archaïque, comme disait Mélanie Klein. Mère indigne, cela va sans dire mais mère tout de même. Certains y retournent même pour faire une thèse... Quelle folie! Et ils disent apporter du nouveau, pour sûr!

Tout cela pour bien vous faire comprendre que l'issue du parcours universitaire ne promet pas d'être de tout repos. Toutefois, pour éviter d'emprunter l'une des pentes privilégiées par la profession, à savoir la mélancolie - l'autre étant selon ma plus totale subjectivité la paranoïa -, gageons déjà d'identifier les problèmes (facile) et d'en rire (plus dur...).
Lorsque le psychologue démuni cherche un poste de psychologue clinicien - l'épithète a son importance, nous aurons le temps d'y revenir - bien des expressions populaires perdent leur sens premier pour en épouser un davantage irrémédiable :
"Qui ne dit mot con, sent."
"Un de perdu, un de perdu."
"Pas de nouvelle, pas de nouvelle."
"Un tiens vaut mieux qu’un rien tu n’auras, très probablement."
Il faut dire que les "psy", ça ne sert à rien! Preuve s'il en fallait, voici comment Google les considère... Amusante distinction genrée, par ailleurs.





Un contact préalable avec pôle emploi aura d'ailleurs pu annoncer les prémisses de ce qui suivrait.
Un après-midi chaleureux, solidement assis sur un fauteuil face à un écran diffusant en boucle les "droits et devoirs" du demandeur d'emploi, le psychologue démuni attend son tour pour s'entretenir... Son point fort, assurément. 
La conseillère : "Je vous laisse m'expliquer votre profil, vous connaissez mieux que moi."
Le psychologue démuni n'en pense pas moins... Il s'exécute puis ajoute quelque chose au détour de la conversation, entre les prétentions salariales et les démarches de recherche..."Vous pensez que je pourrai postuler dans une mission locale?
La conseillère : - Pour cela, il faut avoir moins de 25 ans..."

La claque est sévère. L'envie de tendre l'autre joue laisse parfois place à celle de rendre coup pour coup, seulement il y a cet "interdit du toucher" de la règle analytique... Demeure de violents fantasmes.

Alors il faut chercher, un peu comme les chercheurs d'or dans l'Arizona au Far West, à la différence près qu'il y a plus de "chercheurs" et moins d'or à notre époque.

L'attente d'un entretien, voire simplement d'une réponse développe des défenses obsessionnelles importantes chez le psychologue démuni ; comme par exemple descendre 15 fois par jour retirer le courrier... Et oui, car n'oublions pas que "Pas de nouvelle, pas de nouvelle."
 
Ce peut être aussi l'actualisation de sa boite e-mail toutes les 10 minutes... Jour et nuit. Bah voyons! "Est-ce que ce téléphone mis en vibreur et à son maximal sonore capte bien du réseau?!"
Il faut également savoir que contacter les secrétariats des ressources humaines ou d'autres services est assez peu efficient. Généralement, ils ne savent pas grand-chose et ce peu, ils se le gardent... Qui plus est, c'est à devenir paranoïaque... "Oui mais si j'appelle, ne vais-je pas passer pour un fieffé pénible?"

Et puis parfois, ils répondent... Enfin. Ce type de lettre, avec plus ou moins de forme :
"Monsieur, Nous n'avons que faire de vous,  Laconiquement, La direction."

De temps à autre, c'est plus subtil, comme après cet échange téléphonique :
Le psychologue démuni : "J'attends une réponse de votre part vis-à-vis d'autres propositions. Il bluffe...
La secrétaire : - Alors, les réponses automatiques négatives n'ont pas encore été envoyées mais je vois que quelqu'un a pris ses fonctions ce matin... Cela vous donne maintenant une petite idée de la réponse."

Monde cruel. Toutefois, accéder aux entretiens, c'est encore tout un poème...
Un lundi après-midi dans la salle d'attente du centre médico psychologique, un homme extralucide s'assoit à côté du psychologue démuni... 
L'homme extralucide : "Vous venez voir le Docteur?
Le psychologue démuni :  - Oui, c'est pour du travail.
L'homme extralucide : - Ah bon! mais il n'y a pas pôle emploi pour ça?..."

Comment défendre ses chances?... Pourquoi suis-je retenu?... A quelles questions vais-je devoir faire face?... Poseront-ils seulement des questions ou me laisseront-ils - soi-disant comme le font tous les "psy"- dans un silence de mort après cette petite assertion : "Oui, nous vous écoutons"...

Il reste encore à l'expérimenter mais ça vaut tout de même le coup. C'est cela la vie d'artiste, car le psychologue démuni ne peut être qu'un artiste, ne comptant que sur soma et psyché. C'est un chouette métier, prétendre le contraire reviendrait à tuer dans l'oeuf les aspirants, subtiliser l'héritage comme l'assène cette vieille rengaine : "c'était mieux de notre temps"... Pas certain.

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