TDAH : Trouble de la Déconcentration Assumée de l'Humanité

Dans le numéro 1181 de Charlie Hebdo datant du 11 mars dernier, si l'on se risque jusqu'à la page 15, on peut y lire l'article de Yann Diener, psychanalyste, au titre suivant : "Les nouvelles maladies infantiles".


Dessin posté via le compte twitter de Walter Foolz

Ce sujet grave des enfants dits T.D.A.H (Trouble-du-Déficit-de-l'Attention avec ou sans Hyperactivité) y est traité avec humour, grinçant. Le dessin qui l'accompagne rappelle que nous lisons "Charlie" et non une revue spécialisée ou un journal au sens classique, s'il en est. Ceci étant, la liberté de ton qu'il s'accorde tranche avec les mièvreries habituelles qu'on peut lire ou entendre sur le sujet.

A mon sens, il interroge au moins trois points intéressants.


  • En premier lieu, l'utilisation de sigles pour nommer les troubles, voire les confondre avec le sujet est franchement détestable. "Il va comment ton TDAH? Il n'est pas TOP au moins?" (T.O.P : Trouble d'Opposition avec Provocation). Au lieu d'avoir des enfants souffrants de symptômes, le DSM-5 (Diagnostic and statistical manual of mental disorders) nous les échange avec des "enfants-troubles", panoplie complémentaire des "enfants-dys".


  • Deuxièmement, le rétrécissement de la tolérance de nos sociétés (malades) vis-à-vis de la marge permet que coïncident deux logiques subsidiaires. La première, statistique, fabrique les troubles que la seconde, pharmacologique, guérit, via tout un arsenal chimique. Ainsi, l'enfant TDAH existe pour qu'un laboratoire puisse écouler plus largement du méthylphénidate, psychostimulant également connu sous le nom plus charmant de "Ritaline". Un nom quasi floral qui ne doit pas faire oublier qu'en même temps que les diagnostics d'hyperactivité vont bon train, les effets cardiovasculaires, entre autres, ne se font pas attendre. La Haute Autorité de Santé qui par ailleurs recommande l'utilisation de méthylphénidate, n'en écarte pas moins les risques, fort peu maîtrisés.
"L'enfance est une maladie dont les signes sont principalement un nanisme, une immaturité et une labilité émotionnelle..." affirme, non sans humour, Jordan Smoller, professeur d'épidémiologie, cité par Yann Diener.

  • Et c'est ce qui nous conduit au troisième point soulevé... Que vaut une société qui n'écoute plus les raisons d'un problème chez un enfant ou sa famille? On aura beau colmater toute la "créativité" symptomatique d'un sujet avec des pilules de toutes les couleurs, il n'en demeure pas moins "normal" qu'un enfant s'agite, du moins s'il est encore vivant après ses bains répétées dans les écrans. Ecrans qui viennent largement déplacer l'attention réclamée par l'enfant à son/ses parents, eux-mêmes probablement bien trop préoccupés pour lui en accorder. 



La vignette clinique qui ponctue la lecture de l'article vaut bien de s'y attarder mais je n'en dirai pas plus. Pour cela, il faudra lui accorder vous-même un peu de votre attention... 

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