De quelle psychologie la semaine pour l'emploi est-elle le nom?

Vous qui êtes au chômage, vous avez probablement fait attention à la particularité de cette semaine, dite "pour l'emploi". Sinon, vous êtes peut-être en vacances, loin des préoccupations mineures liées à la recherche de ce fameux sésame... C'est mal de profiter des allocations, cependant, en tant que psychologue démuni, mon éthique m'interdit tout jugement...

Il est amusant dans un premier temps de remarquer que les sites Internet des localités relayant les événements ne se pressent pas pour mentionner les exposants. De quelle force dissuasive s'agit-il?


Pour m'en faire une idée, j'ai donc décidé de tester pour vous un forum de l'emploi, en milieu périurbain, s'il en est.

Pôle emploi est de la manoeuvre et prévient ainsi par courriel ou courrier ses "ressortissants". Faut qu'on soit nombreux, ça fait plus sérieux ; voilà en gros le message en guise d'ordre de bataille. Il est vrai que la proposition de (re)trouver un emploi demeure alléchante en soi.

Psychologue démuni de mon état, je sais tout de même par expérience que ce genre de manifestation concerne assez peu la branche médico-sociale... qu'à cela ne tienne, je ne suis pas si loin, j'ai encore une voiture en état de marche et même un peu de carburant à consacrer.

14h45... Stupeur à mon arrivée, une foule de voitures jalonne les pelouses des environs, faute de places me dis-je. En matière de parking, j'ai connu mieux. Un premier contact avec la boue sous mes chaussures me paraît un bon présage pour affronter les étapes suivantes.

14h47... J'arrive devant le gymnase attenant au groupe scolaire, lieu d'accueil du forum. Soit... Les lycéens en proie à la désertion n'ont alors qu'à traverser la cour pour se rendre compte de leur possible avenir : la recherche. Quelques joyeux lurons en uniforme estampillé "sécurité" ou "police municipale" gardent les barrières et surveillent les entrées et sorties. "Courage, fuyons!"
Je vois que certain(e)s arborent une tenue des moins décontractés. Costumes et autres déguisement doivent parfois être de rigueur pour chercher, ou simplement aguicher, qu'en sais-je. L'âge moyen est difficile à déterminer. Je croise beaucoup de jeunes, hagards, ne sachant sans doute pas vraiment ce qu'ils sont venus faire dans cette galère. N'ayez crainte, un psychologue est parmi vous.

14h48... Une pochette m'est remise par une jeune femme badgée "accueil" ou quelque chose de ce goût-là. Discours automatique de circonstance : "il y a un questionnaire qu'il faudra remplir". J'ai hâte. J'intercepte une conversation entre deux autres jeunes femmes avec le même badge vêtu du même tailleur foncé. Celui qui leur sert à la fois aux entretiens d'embauche et aux enterrements. 
Jeune femme n°1 : "On va où maintenant?
Jeune femme n°2 : - je sais pas ! y a rien à faire!".
Rien de rien, vous croyez? J'avance quelque peu intimidé par la masse... Je regarde les entêtes des stands : "Courtepaille", "Mc Donald"... De quoi s'offrir un larbinage de luxe quand on a un master dans la poche, avec quelques pièces jaunes. 
En fait, je suis dans la "salle B", celle qui se trouve consacrée à l'hôtellerie restauration... Et aux services publics. Amusant mélange que de trouver au même endroit l'armée de terre et Quick. A moins que tous deux ne soient forces de proposition en terme de "chaines".
Toutes ces précisions, je les retrouve dans mon petit livret, avec un plan en dernière page, après la liste alphabétique des acteurs du jour. Il y a aussi un petit récapitulatif des conseils pour "l'entretien", du type "restez zen" ou encore "ayez le look de l'emploi". Sur le verso de cette fiche, on retrouve les petites astuces pour mettre mal à l'aise l'aspirant... On nous conseille de préparer nos réponses. La spontanéité n'est pas de mise, mieux vaut paradoxalement coller le plus possible à la norme tout en se distinguant le mieux. Il faut dire que si le recruteur nous pose une question de ce genre : "quelle est la profession de vos parents?" ou "avez-vous une petite amie?"... Soit, c'est un rêve oedipien, soit il faut prendre ses jambes à son cou.

14h49... Je m'enfonce dans les autres salles, errant, sans but précis. J'observe sans perspective les stands davantage pris d'assaut. Les boites d'intérim jouissent de grandes queues... ont d'imposantes files d'attente. Ils recherchent des opérateurs, des tourneurs, des chauffeurs, des préparateurs, des conducteurs...! Psychologue n'épouse pas la rime. Tant pis. 

14h50... J'en ai presque terminé. La branche la plus proche sémantiquement de mon devenir, ce serait "l'aide aux personnes". Seulement, ils ne recrutent que des aides à domicile ou des auxiliaires de vie. J'aurais dû faire charpentier.

14h51... Je commence à lire le questionnaire de satisfaction "Visiteur"... Je préfère filer en douce en profitant de cette porte ouverte qui donne sur l'extérieur. Je m'aère avant de flancher et je retourne d'où je viens. Rien à voir, faut circuler! La gendarmerie ne me donnera pas tort.

Alors finalement, s'il fallait répondre à la question posée par ce prétexte d'article, je dirais que la semaine pour l'emploi, c'est la psychologie de l'absent. Ni plus, ni moins. Surtout ni moins.

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